Souvenirs du Paradis

  Cela fait très peu de temps que j’ai pu mettre des mots sur ce que je cherche dans ma vie… Les souvenirs d’enfance ou plus tardifs, et aussi quelques brins d’analyse se sont amalgamés, pour me permettre de comprendre ce qui suit. Enfant, j’ai vecu dans un univers familial où régnait une violence terrible, celle de mon père. Et je ne parle pas de violence symbolique, puisqu’il lui arrivait de poursuivre ma mère, une hache à la main. En même temps, j’ai toujours senti son amour indéfectible pour moi. Je savais donc que cette violence qu’il sécrétait en continu ne me viserait jamais. Je n’avais point peur, mais j’étais et me sentais constamment en danger. 

  
Je savais bien que je n’étais pas à l’abri des effets collatéraux : l’ouragan, dans le Magicien d’Oz, ne haït pas la maison mais il va quand même en emporter le toit… Cette tension constante, ce bain d’adrénaline, ce frisson quand bien même excitant, l’enfant que j’étais devait tout de même s’en protéger, ce que je fis, à mon corps défendant. De cette époque date mon incapacité à avoir accès à mes émotions…  

Au gré de quelques rencontres j’ai compris quel type de femme – et pourquoi- je souhaitais approcher, serrer dans mes bras, aimer à tout jamais. Une femme capable de me figer sur place, muet face à une telle tension mélodramatique, d’une seule phrase : « Gare, sinon je te ferai avaler des charbons ardents » – de ceux qui peuvent transformer une vieille Rossinante en un valeureux Pégase ailé! 

Et si cette femme a des yeux fascinants qui me rappellent ceux de ma mère, si elle emploie des expressions dont ma mère usait pour s’adresser à mon père, alors je suis perdu, je fonds et plonge avec mon corps et mon esprit tout au fond d’un gouffre terriblement vertigineux, grouillant d’émotions! Dans ce bain délicieux, je suis tout simplement vivant. Et là, pas besoin de philosophie, ni même de sport ou bien de poésie pour m’auto-réaliser… Car je retrouve grâce aux émotions, la place exacte que je tenais lorsque, enfant, j’habitais au… Paradis.

  

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