De l’alchimie comme l’un des beaux arts

De l’arc-en-ciel noir de la mélancolie vers la libération de l’être par l’Art et jusqu’à l’Amour éternel

Haine, tristesse, colère et honte, telles sont les couleurs du drapeau détestable de la mélancolie morbide. Au début, c’est presque toujours la honte qui suinte ou qui surgit. Honte dont les sources sont multiples, et bien sûr souterraines, tant elle ne naît pas du regard que les autres portent sur soi, mais bien plutôt de l’écart entre ce qui est attendu et ce qui est perçu. La honte est donc affaire de prisme et de biais. Car elle ne se joue pas dans le monde du réel, mais sur le plan fantasmatique. Celui où l’enfant estime avoir été regardé de façon infamante. Ou bien inapropriée : cela va de l’indifférence à la convoitise, en passant par le mépris. Lorsque ce sont ses  proches qui – estime-t-il à raison ou à tort – portent ce regard sur lui, l’enfant, qui ne peut s’en défendre ni ne peut le combattre puisqu’il doit aimer ses parents lesquels sont sans doute dans le vrai, qui ont, en tout cas, de bonnes raisons pour le stigmatiser, il le fait sien ce regard, l’internalise et c’est la honte. Lorsque la pulsion de vie est la plus forte, face à cette abjecte injustice que d’être son propre procureur, l’enfant se révolte, en deux temps. Ainsi naissent, d’abord la colère, débordante et dévorante, violente et volcanique, puis, noire et brûlante comme l’asphalte, la haine. Haine qui peut viser ses parents mais pas toujours directement : parfois c’est l’Univers tout entier qui est concerné, parfois c’est seulement ce que l’on est qui est abhorré. Et, peu à peu, cette énergie de mort qui coule dans nos veines sans discontinuer, subit une transmutation diabolique pour devenir une incomensurable tristesse, une lassitude sans frontières. Comme les cendres qui suivent les secousses et les coulées de lave, la tristesse retombe dès lors sur l’âme, pour l’ensevelir et finalement la suffoquer. Voilà, le lien avec l’enfer est désormais scellé, définitivement.

Ou, du moins, tant qu’on n’a pas inversé le sens de l’arc-en-ciel qui pulse en nous, en adoptant les couleurs de la vie et le désir de s’élever vers l’éther…

Qu’elle relève de l’un de ces mécanismes de défense qui se mettent en place en même temps que la honte, tels la sublimation, l’ironie ou encore, dans les cas les plus dramatiques, la dissociation de la psyché, voire la schizophrénie ; qu’elle soit le fait d’une personnalité « résiliente » ou bien qu’elle procède d’une démarche personnelle et « spontanée » d’idéalisation, la Poésie permet de répondre à nos besoins les plus élevés, à nos aspirations spirituelles, sinon mystiques, à nos désirs de transcendance : sa fonction première va à ce titre au-delà d’une simple mission esthétique! Portée à son plus haut degré, la Poésie représente la satisfaction, sur le plan fantasmatique, de notre désir d’être immortels. De fait, la Poésie nous transporte, comme le ferait un rituel, au cœur d’un autre temps, sacré et spiralé, un émouvant présent chargé d’éternité. Ainsi, comme la plongée sous-marine,  comme la méditation ou la philosophie, le résultat de la Poésie est de nous faire regretter moins le passé et de moins craindre l’avenir, afin de nous permettre de jouir du présent, et donc de le (re)vivre in-dé-fi-ni-ment. En cela, la Poésie est anagogique et téléologique comme une assomption, grâce à une formulation magique, à une solution incantatoire et alchimique, puisque centrée  sur le code, sur les signes, le langage et non sur la réalité décrite. Concrètement, chaque poème constitue une solution unique donc « nécessaire » à plusieurs paradoxes ou contradictions, apparemment sans issue.

Et permet de dépasser, sur les plans symbolique, émotionnel, énergétique et spirituel, les tensions entre le fond et la forme, la vie et la mort, le présent et le passé, le poète et la société, Lui et Elle, l’Homme et la Nature… Et nous donner ainsi, le temps d’une fulgurance, durant un bref instant, l’illusion que nous pouvons échapper à notre condition de prisonniers impuissants, dans un univers d’indépassables contraintes…

A ce titre, la Poésie est donc un merveilleux outil de libération!

Mais à certaines étapes de la vie, être libre seul n’est pas satisfaisant…

Ce que l’on cherche alors, c’est un autre arc-en-ciel, nous reliant à un être que l’on aimerait profondément. Un être à qui on dirait…

« Notre relation pourrait être magique, extraordinaire, c’est-à-dire supranormale, donc irréaliste. Mais il ne s’agit pas d’une illusion tant que les deux veulent qu’elle existe. Toute relation a besoin d’une part d’ombre, de secret. Ce qui ne signifie pas qu’elle est basée sur le mensonge. Malgré tout, cela  n’implique en aucun cas une transparence totale, certaines vérités étant inutiles, cruelles ou mêmes fatales pour l’état amoureux. La seule possibilité pour dépasser ce dilemme: une totale sincérité sur le plan émotionnel, une priorité absolue pour le présent, une discrétion vis-à-vis du passé, une dose raisonnable d’espoir pour l’avenir. De cette manière on pourra vivre cette « réelle illusion », laquelle pourra durer « for ever and a day ».

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