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Accouchement (Niveau « tous », 4 mn)

Malgré l’imminence de l’accouchement, aussitôt que la terre se mit à trembler, une indescriptible panique s’empara de l’équipe soignante présente dans la salle de travail. Des mouvements de salsa non maîtrisée commencèrent par agiter la sage-femme, rapidement suivie par le Médecin de Garde, puis par le Camarade Anesthésiste, pourtant flegmatique, par métier comme par complexion. Leurs marionnettes grotesques s’affairaient, cavalaient dans tous les sens à travers la pièce, alors qu’Ofelia était bien trop occupée à pousser, pour être à même de reconnaître les secousses telluriques des violents coups de pied qui déchiraient, depuis deux heures déjà, son abdomen, comme un jet souterrain cherchant à faire surface. Entre deux râles dus à l’effort, celle-ci put ainsi entrevoir les membres du corps médical, alors qu’ils s’évanouissaient par une porte de service située à l’extrémité ouest de la salle. Cette scène se déroulait au moment précis où, Ofelia se retrouvant seule avec sa douleur, les appareils de monitoring commencèrent à s’éteindre les uns après les autres. Par chance, quand Albano parvint aux côtés de sa femme, la pleine lune, éclairait l’endroit assez pour qu’il pût discerner une paire de ciseaux chirurgicaux, dont il s’empara aussitôt. Comme si elle avait ajusté ses mouvements à la pression exercée sur sa frêle anatomie par les contractions de plus en plus rapides et puissantes de la mère, Lorèna s’affranchit du giron de celle-ci tête en premier. Bien droit contre le lit, Albano était prêt, même s’il tremblait un peu : il sectionna vivement le cordon, sans rien montrer de son inquiétude, puis il débarrassa délicatement l’enfant des fragments de placenta qui la coiffaient ; enfin, grâce au matériel que l’accoucheuse avait disposé autour de l’ex-gravide avec une science accomplie, nettoya abondamment le corps de la petite et aspergea d’eau tiède sa frimousse chiffonnée, pour la purifier. Très fier du travail accompli, le père présenta sa descendance à la parturiente. Ayant esquissé un sourire discret, celle-ci laissa retomber sa tête sur l’oreiller…

  • J’étais soulagée d’avoir mené à bien ma grossesse. Heureuse d’être mère, même si plusieurs mois auparavant, craignant déjà pour l’avenir de cette minuscule créature dont j’allais être à jamais l’impuissante responsable, j’avais tenté d’échapper aux équipes médico-judiciaires du Contrôle Mensuel des Grossesses Publiques, le CMGP…
  • … Dans les fabriques, comme partout dans le pays, le recensement des grossesses était devenu obligatoire depuis qu’avec le suicide et l’espionnage, l’avortement avait été classé parmi les crimes contre l’Etat. Comme d’habitude, cette politique nataliste avait été décrétée par le Commandante, fidèle au principe de l’unanimité unilatérale : bien que tu te fusses fracturé les deux tibias en te jetant du toit de l’établissement scolaire où tu enseignais les rudiments de l’anatomie sportive, cela ne nous avait point ouvert l’accès à l’avortement thérapeutique tant escompté. En effet, selon la loi du « ni-ni », une fois ton état catalogué, il était hors de question de faire appel, tant aux instances sanitaires officielles qu’aux « faiseuses d’anges », fut-ce en catimini : ton sort de possible génitrice se trouvait ainsi scellé à jamais par l’organe suprême du Parti…
  • … Sitôt Lorèna née, toi, Albano, tu entrepris de tapoter consciencieusement son dos : nous ne fûmes rassurés que lorsque celle-ci poussa un cri perçant…
  • … Immédiatement, La Havane tout entière sembla le reprendre à son compte, l’amplifiant mille, dix mille, un million de fois : alors qu’un long frisson d’effroi parcourait mon échine, les sirènes de la ville se mirent à hurler, signifiant à un pays qui le savait déjà qu’une catastrophe terrible venait de s’abattre sur tous et sur chacun…
  • … Blottis l’un contre l’autre au-dessus des décombres, suspendus au dernier étage de l’hôpital, nous hésitions entre l’émoi que la naissance d’un enfant produit naturellement et le pressentiment atroce qu’il nous faudrait l’élever parmi les ruines.

Accouchement en pleine mer (Niveau « tous », 3 mn)

Lorsque la mer se fut calmée, Ofelia, dont les efforts au cours des heures précédentes avaient été exorbitants, commença à se tordre de douleur. Elle se mordait les lèvres jusqu’au sang pour ne pas rugir comme un animal blessé. Et voulait, à tout prix, éviter d’alarmer son mari, qui lui tournait le dos en scrutant l’horizon dans l’espoir d’apercevoir la terre promise de la Floride. Un spasme irrépressible fit échapper un cri de cormoran à Ofelia. Stupéfait, Albano se retourna aussitôt : là, maintenant, sa femme allait accoucher sans tarder. Un examen rapide, visuel, puis tactile, confirma son intuition : elle venait de perdre les eaux et ses contractions s’étaient fortement rapprochées…Une heure plus tard, le radeau était à nouveau pacifié : couchée sur le dos, Ofelia demeurait affreusement pâle, mais ses paupières avaient retrouvé le repos ; faiblement, sur ses lèvres flottait un sourire éthéré. Albano se tenait à l’autre extrémité de la balsa. Dans ses bras, enveloppée dans l’unique couverture qu’ils avaient emportée, gigotait une petite créature, un être minuscule mais en pleine forme.

  • C’est une petite fille, cria Albano pour couvrir le vent dès qu’il vit Ofelia reprendre ses esprits.
  • Comment veux-tu que nous l’appelions, demanda Ofelia à son mari.
  • Je crois que nous tenons là une petite fille très sage, commenta Albano doctement. Et si nous l’appelions Sofia, pour sagesse…
  • J’aimerais aussi un brin de folie, s’exclama Ofelia exaltée. Et aussi de l’espoir, continua-t-elle avec émotion. Et j’aimerais bien qu’elle porte un nom unique, nouveau comme va l’être notre vie à partir de maintenant. Que dirais-tu de Lorèna, le prénom que notre enfant avait dans mon rêve de l’année dernière ?
  • Muy bien, j’ai donc l’honneur de vous présenter, fit alors Albano avec une solennité censée cacher son émotion, mademoiselle Lorèna Sofia Davilla, L, S, D, comme dans Lucy in the Sky with Diamonds, la chanson des Beatles.

Parfait, conclut Ofelia satisfaite, sombrant de nouveau dans le sommeil.

Adolescence (Niveau « tous », 1 mn)

Debout ou assis sur les bancs publics, les treize ans révolus, bécotent goulûment des filles de leur âge. Indépendamment des résultats scolaires, de la taille du prénom, de la couleur de sa peau, chacun veut émouvoir sa promise passagère. Laquelle, en règle générale, ne se prive pas pour bloquer, sans jamais la rejeter tout à fait, la main chercheuse malaxant ses seins avec fougue ou pis, envahissant son bas-ventre pour ficher un pouce ou un majeur en fibrillation, au plus intime de son corps. Les premières audaces permises, quelque rusé peut même aller jusqu’à renverser sa jeune amie dans l’herbe. Allongé aux côtés de la pucelle, le jeune homme persévère alors à l’enlacer, sans jamais oublier d’activer son bas-ventre en ébullition contre le tissu recouvrant la ceinture pelvienne de celle-ci, espérant qu’entre son propre sexe tendu et la chair de sa proie pantelante il ne reste plus qu’un pantalon en cotonnade légère et une exquise petite culotte de pionnière, trempée. Privés de ces délicieuses fortunes, les grands timides, récalcitrants de tous bords, refont la Galaxie, le Monde et Cuba. D’aucuns ressuscitent les héros fondateurs, José Marti ou le Che – Ah, s’Il voyait ce que nous sommes devenus, Il repartirait aussitôt pour l’Angola ! – tandis que d’autres racontent des blagues politiques des heures durant ; jamais leurs mères ne viennent les houspiller pour leur rappeler les ablutions rituelles.

Amour (Niveau « tous », 1 mn)

Revenant à elle, Parvati aperçut soudain, à quelques pas de là, le dos imposant d’un brahmane plongé dans ses méditations. Par ennui, elle s’approcha de l’homme agenouillé, sans se découvrir et sur la pointe des pieds. D’un geste suave, ses mains emprisonnèrent les yeux de l’ermite. Troublé dans ses prières, celui-ci secoua vivement la tête, se délivrant des bras de Parvati. Furieux, il allait la foudroyer sur place, lorsque, terrifié, il vit la jeune créature se transformer en une magnifique liane. En un soupir interminable, Parvati ceignit le tronc noueux auquel elle était adossée. Frappé de stupeur, soûl de mélancolie, le brahmane pleura Parvati et son étreinte inachevée pendant un temps infini. Une éternité plus tard, le corps physique de l’ascète se releva, enfin. S’avançant comme un funambule jusqu’au vieil arbre, il s’y pendit avec la corde végétale qui, pour avoir provoqué la jalousie et le courroux des dieux, ne serait plus jamais la juvénile et vaporeuse, la gracieuse Parvati.

Amour toujours (Niveau « tous », 1 mn)

L’amour qu’ils se portaient demeurant malgré tout le plus fort, chacun essayait de consoler l’autre tendrement. Ainsi, lorsque Ofelia arrivait à maîtriser son propre chagrin, elle prenait entre ses paumes émues le visage aimé d’Albano, caressant subtilement ses cheveux, embrassant ses joues, son nez, son front, ses yeux, lui murmurant des paroles affectueuses dans le creux de l’oreille ou dans la bouche. Il arrivait alors qu’Albano, oubliant son propre chagrin, renversât les rôles. Comme ce soir… Prenant Ofelia dans ses bras, il la porta vers le lit. L’y déposa avec des précautions dignes de celles que l’on réserve à une offrande. Soupirant d’aise, la jeune femme ferma instantanément les yeux, faisant semblant de dormir. Aériens comme un souffle, les doigts d’Albano libérèrent Ofelia de sa robe ample et fleurie, frôlant délicieusement ses jambes parfaites, l’intérieur de ses cuisses, son ventre, et ses seins, que le désir avait durcis. Dans son sommeil factice, Ofelia se déplaça imperceptiblement, pour lui faciliter la tâche. Approchant ses lèvres torrides du cou de sa femme, Albano y posa des baisers délectables, avant de plonger son visage au creux de ses aisselles, pour absorber le parfum excitant de ce corps légèrement transpiré, comme une abeille insolente et goulue qui aspire le nectar d’un pistil pubescent.

Analyse littéraire (Niveau « confirmé », 1 mn)

D’un point de vue stylistique, ce Fictionnaire est accessible. Le vocabulaire est courant, mais comporte quelques raretés. La complexité sémantique est plutôt élevée. Les phrases ont une longueur habituelle. La forte proportion d’adjectifs du texte indique une volonté descriptive. Une étude lexicologique et sémantique de l’ensemble des phrases de ce texte dénote la prédominance des thèmes suivants : politique, forces, causalité, mouvement, existence, identité, famille. 51,6 % des mots employés sont ambigus grammaticalement. Pour ce critère statistique, ce texte est voisin des ouvrages suivants : « Alcools », suivi de « Le Bestiaire », de Guillaume Apollinaire et « Une leçon de morale », de Paul Eluard. Dans ce texte, la moyenne de mots par phrase est de 16,5 et la proportion d’interrogatives, de 4,2 %. 1605 verbes différents y sont employés, pour 128 conjonctions, 1986 adjectifs, 953 adverbes et 212 prépositions. La proportion de substantifs est de 45,7 % : pour ce critère, ce texte est voisin des ouvrages suivants : « Poisson soluble » de André Breton et « Des singularités de la Nature » de Voltaire.

Anecdote (Niveau « tous », 1 mn)

Lorsque Dieu créa Cuba – en 1959 – il accorda trois formidables dons aux Cubains : intelligence, honnêteté et communisme. Regrettant quelque peu sa prodigalité, Il décida que les habitants de l’île n’auraient le droit de choisir que deux parmi les trois qualités concédées. C’est la raison pour laquelle certains Cubains sont intelligents et honnêtes, mais, ceux-là ne sont pas communistes ; d’autres sont intelligents et communistes, mais ne sont pas honnêtes ; les derniers, sont honnêtes et communistes, mais, du coup, pas vraiment intelligents…

Anonymes (Niveau « tous », 1 mn)

Captifs entre l’écorce de la mémoire et l’arbre de l’éternité,

Les anonymes qui font le monde suspendent leurs actes et leurs idées…

Qu’un seul de ces esclaves du temps soit affranchi

Et tous les rêves ici contés formeront son récit.

Art (Niveau « tous », 1 mn)

Pour l’Art, comme pour la Morale, les bonnes fréquentations produisent, à terme, d’excellents résultats, même si c’est pour des raisons exécrables.

Ascension (Niveau « tous », 4 mn)

Quelques instants plus tard, je pousse délicatement un immense battant en fer forgé savamment ouvragé, que je referme avec soin derrière moi. Empruntant une allée tapissée de cailloux blancs, je dirige maintenant mes pas silencieux vers l’entrée principale de l’ancien palais métamorphosé en hôpital municipal ; j’ouvre, avec des gestes de rôdeur professionnel, une seconde porte, entièrement vitrée, et me retrouve ainsi dans le hall monumental pavé de marbre glauque et faiblement éclairé. Je sais où se trouve l’antique – et sans doute mortellement dangereux – escalier de service, dont je décide pourtant de grimper à l’aveuglette les marches irrégulières et brinquebalantes. Le bois grince. Dans ma course périlleuse vers le dernier étage, je ne puis me fier ni à ma vue, ni à mes mains, toujours crispées, l’une sur la cartouche de Kent, l’autre sur la Carte Sanguine d’Identité. Il n’y a que mon ouïe ou mon odorat qui pourraient me guider dans cette noirceur, sauf que ces deux sens éveillent en moi des souvenirs qui ne me sont d’aucun secours en ce moment…

Rapide et léger, Albano dépasse comme en flottant le deuxième niveau du bâtiment. Toujours en effleurant à peine les marches en bois, il aborde désormais la seconde moitié de son ascension vers le dernier étage du bâtiment classé par l’Unesco au titre du patrimoine mondial de l’humanité, malgré l’opposition farouche des autorités cubaines, pour qui il y a là « un inadmissible délit d’ingérence dans les affaires de politique intérieure d’un État indépendant ». Bien que réprimées depuis une bonne trentaine d’années, les clameurs de ses parents tragiquement disparus se joignaient à présent dans son âme agitée aux voix des Camarades qui, sous d’incompréhensibles et fallacieux prétextes, avaient repoussé par quatre fois ses instances d’adhésion.

  • La première fois que ta requête fut ajournée, une allusion à peine voilée nous avait fait savoir que le Parti n’ouvrait pas facilement ses portes aux citoyens de sang tsigane, malgré les belles formules du Lider Maximo sur l’union de tous les Cubains, que leurs racines fussent : hispano-cubaines, hispano-cubaines, hispano-cubaines, soviétiques, slaves, est européennes, sud-américaines, nord-américaines, afro-cubaines, allemandes, arméniennes, grecques, hébraïques, a-roumaines, ou autres.
  • La fois d’après, l’on attira mon attention sur la quantité quotidienne de bouteilles de rhum Havana Club que j’engrangeais. « Très au-dessus des normes locales !», telle fut la conclusion des enquêteurs diplômés d’anthropologie politique qui avaient mené, pendant plus d’un an, une étude contrastive fouillée. Ils visaient à comparer nos moindres faits et gestes aux modèles stochastiques les plus sophistiqués, en prenant comme point d’appui le contenu exhaustif de nos poubelles.
  • Ce vil reproche s’était évaporé lors du refus suivant, au profit d’une question pernicieuse, relative à tes possibles contacts avec l’Etranger, lesquels eussent pu expliquer ton refus pour rejoindre les rangs des délateurs régulièrement inscrits dans les registres du Ministère de l’Intérieur, tendrement appelé « le MININT ».
  • « J’en étais là de mes souvenirs lorsque, 192 secondes après 21 heures et 20 minutes, le temps – aussi bien local qu’universel – s’arrêta. Dans ma course ascendante, alors que par moments mon corps perdait tout contact avec l’escalier étroit, je perçus un grondement menaçant. Lorsque mon pied droit (devais-je y voir le signe d’un destin rétrograde ?) chercha à se poser, je vacillai. Les marches se dérobèrent brutalement sous mes jambes, comme si les serres d’un hippogriffe m’arrachaient les deux rotules en même temps. Les murs se mirent à chalouper ; l’escalier tout entier ressemblait au rachis d’un monstre préhistorique, se secouant, se redressant brutalement, pour chasser un insecte importun. L’ampoule qui éclairait le hall principal détona avec un bruit sec : je me demandai si je n’avais pas perdu la vue.

L’instant d’après, le tonnerre qui paraissait grogner au loin devint tonitruant. Sur ma gauche, le mur tout entier commença à s’exfolier au ralenti, s’affaissant du sixième étage jusqu’au premier. Un nuage suffocant, fait de poussières et de cendres se souleva aussitôt. Ebranlé, je maintenais avec difficulté mon équilibre sur l’escalier sans rampe, raccordé comme j’étais désormais au firmament : un ange désespéré s’agrippant aux gouttières du ciel par crainte d’échouer dans les limbes. Les scories que j’inhalais suintaient la désolation ; au-dessus de ma tête, j’aperçus une épaisse toison rousse : c’était le pubis de l’ogresse aux ovaires de quartz, ce sexe fabuleux que les hommes, pudibonds, s’obstinent à désigner en employant le terme « lune ». Nonobstant le tremblement terrible qui venait tourmenter mon existence, je savais parfaitement ce que je devais accomplir : les mots s’imposaient d’eux-mêmes à mon esprit. Sans hésiter, les régions les plus archaïques de mon cerveau commandaient à mes membres défaillants de prolonger, de poursuivre, de perpétuer sans relâche leur mouvement. »

Bien que fortement handicapé par sa cheville foulée, Albano dut donc continuer son escalade. Pour rejoindre, coûte que coûte, le service Maternité : Ofelia-Libertad, sa femme, y avait peut-être d’ores et déjà enfanté. 

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